Une récente étude scientifique révèle qu’une seule éolienne offshore d’une puissance de 300 kilowatts, installée au large de Dakhla, pourrait couvrir les besoins électriques de 10 à 12 villages de pêche. Cette perspective ouvre de nouvelles possibilités pour alimenter les communautés côtières isolées en énergie propre.
Réalisée par des chercheurs de la Faculté des sciences Aïn Chock, relevant de l’Université Hassan II de Casablanca, l’étude a été publiée dans la revue scientifique «Energy Reports». Les scientifiques ont exploité des données satellitaires couvrant quatre années, de 2020 à 2023, afin d’évaluer le potentiel éolien de neuf sites du littoral marocain.
Selon les résultats obtenus, une éolienne offshore de puissance moyenne implantée au large de Dakhla pourrait produire environ 1.183 mégawattheures d’électricité par an. Une telle production permettrait d’approvisionner entre 10 et 12 villages de pêche.
La même installation pourrait générer 1.104 mégawattheures par an au large de Tarfaya, soit l’équivalent de la consommation d’environ 11 villages. La production annuelle atteindrait 998 mégawattheures à Essaouira, ce qui suffirait pour neuf à dix villages, contre 841 mégawattheures à Tanger, capables de couvrir les besoins de huit villages.
Le facteur de charge estimé varie de 32 % à Tanger à 45 % à Dakhla. Ces niveaux confirment l’importance du potentiel éolien du littoral marocain, notamment le long de la façade atlantique sud. Ils plaident aussi en faveur du développement de petites installations décentralisées, en complément des grands parcs reliés au réseau électrique national.
L’analyse a porté sur Tanger, Rabat, Casablanca, El Jadida, Safi, Essaouira, Agadir, Tarfaya et Dakhla. Les cartes de densité éolienne montrent que Dakhla, Tarfaya et Essaouira disposent des ressources les plus régulières. Tanger enregistre également des vents puissants en hiver, mais son potentiel reste davantage exposé aux variations saisonnières.
La régularité du vent est aussi importante que sa puissance. Elle permet de stabiliser la production électrique et de réduire les risques associés aux investissements. L’étude révèle également que les vents atteignent leur niveau journalier le plus élevé entre 14 heures et 17 heures à Rabat, Casablanca, El Jadida, Agadir et Safi.
Cette plage horaire coïncide généralement avec une augmentation de la demande en électricité. Une telle complémentarité pourrait réduire les besoins de stockage et faciliter l’intégration de l’énergie produite dans les systèmes électriques locaux.
Le modèle présente un intérêt particulier pour le Maroc, qui dispose d’un littoral de plus de 3.500 kilomètres. Plusieurs villages de pêche et communautés côtières continuent toutefois d’avoir besoin d’un approvisionnement électrique plus stable.
De petites installations éoliennes pourraient alimenter les équipements de réfrigération et de conservation du poisson, l’éclairage ainsi que les systèmes de pompage de l’eau. Elles contribueraient ainsi à améliorer les conditions de travail des pêcheurs et à réduire la dépendance aux groupes électrogènes fonctionnant aux carburants fossiles.
Les chercheurs soulignent néanmoins le caractère préliminaire de leurs conclusions. Les données analysées ne couvrent que quatre années et ne sont pas complétées par des mesures réalisées sur le terrain à l’aide de bouées ou de stations d’observation côtières.
Le passage à la phase de mise en œuvre nécessitera donc des études techniques, économiques et environnementales plus approfondies, appuyées par des séries de données de longue durée.
Malgré ces réserves, l’étude place Dakhla, Tarfaya et Essaouira en tête des sites susceptibles d’accueillir des projets pilotes. Ceux-ci pourraient associer des éoliennes offshore de petite capacité à des dispositifs de stockage, afin de fournir une électricité propre, régulière et adaptée aux besoins des villages de pêche marocains.
