Autosuffisance alimentaire: le modèle marocain à revoir

Share
Share

Une récente étude invite le Maroc à repenser le modèle d’autosuffisance alimentaire poursuivi depuis plusieurs décennies, estimant que les investissements importants consentis dans le secteur agricole ont permis d’accroître la production de certaines denrées de base, sans pour autant garantir une autosuffisance durable ni améliorer de manière équilibrée la qualité du système alimentaire.

Hassan Serghini Idrissi, expert en économie agricole et auteur de l’étude publiée dans « The Oxford Handbook of the Moroccan Economy », estime que la politique d’autosuffisance s’est principalement appuyée sur la protection d’un nombre limité de produits par des droits de douane, les subventions et les mécanismes de fixation des prix.

Selon le chercheur, cette approche a davantage privilégié l’augmentation des volumes de production que l’amélioration de l’efficacité dans l’utilisation des ressources naturelles ou encore des conditions économiques des agriculteurs.

L’étude pointe notamment une utilisation jugée peu optimale de ressources stratégiques, en particulier l’eau et les terres agricoles, alors que le Maroc ne disposerait pas nécessairement d’avantages comparatifs dans certaines cultures soutenues par les politiques d’autosuffisance.

À l’inverse, plusieurs productions pour lesquelles le Royaume bénéficie de meilleurs atouts, notamment les olives, les légumes et les figues, n’auraient pas suffisamment profité des mécanismes de valorisation, de commercialisation et d’incitation.

Malgré les limites relevées concernant l’autosuffisance, l’étude établit une distinction avec la sécurité alimentaire. Elle considère que le Maroc est parvenu à maintenir un niveau relativement satisfaisant de sécurité alimentaire grâce, notamment, au développement de ses infrastructures logistiques et à sa capacité à financer les importations grâce à ses réserves en devises.

Cet équilibre reste toutefois exposé aux fluctuations des marchés internationaux, à la volatilité des prix des produits agricoles, à la raréfaction des ressources hydriques ainsi qu’aux effets croissants du changement climatique.

Face à ces défis, l’auteur plaide pour une évolution du modèle agricole marocain, en passant d’une logique centrée essentiellement sur l’autosuffisance à une stratégie accordant davantage de place à la compétitivité et à l’efficacité dans l’utilisation des ressources.

Cette transformation passerait notamment par un renforcement des investissements dans le capital humain, la recherche scientifique, les nouvelles technologies et le conseil agricole, parallèlement à une réforme des circuits de commercialisation et de valorisation des productions.

L’objectif serait ainsi d’améliorer durablement la productivité et les revenus des agriculteurs, tout en optimisant l’utilisation des ressources naturelles et en renforçant la capacité du secteur agricole marocain à faire face aux nouveaux défis alimentaires et climatiques.

Share
Related Articles

Coquillages : l’interdiction levée dans deux zones d’Agadir

Le ramassage et la commercialisation des coquillages sont de nouveau autorisés dans...

Viandes rouges : la flambée des prix fragilise ménages et bouchers

La viande rouge pèse de plus en plus lourd dans le panier...

«Sommet de l’Élevage 2026» place la durabilité au cœur des filières

La 35e édition du «Sommet de l’Élevage» réunira, du 6 au 9...

Coup d’envoi de la saison de chasse 2026-2027

L’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF), en partenariat avec la Fédération...