Après avoir été l’invité d’honneur du «Sommet de l’Élevage» en 2025, le Maroc entend prolonger cette dynamique en 2026.
Dans cet entretien accordé à «Filaha Magazine», Noureddine Belkadi, ingénieur agronome zootechnicien, consultant sénior et partenaire du Sommet au Maroc, revient sur les acquis de cette participation et les perspectives de coopération.
Face aux défis climatiques et économiques de l’élevage marocain, il souligne l’intérêt des échanges techniques et des rencontres professionnelles pour faire émerger des solutions adaptées et des partenariats durables.
Q : Le Maroc était le pays invité d’honneur du «Sommet de l’Élevage» en 2025. Quel bilan peut-on dresser aujourd’hui de cette participation, aussi bien en matière de valorisation du savoir-faire marocain que de création de nouveaux partenariats professionnels?
Le bilan est très positif, aussi bien en termes de visibilité que de contenu et de coopération, La participation marocaine a dépassé 200 personnes.
Elle comprenait notamment une importante délégation officielle de plus d’une soixantaine de personnes, présidée par M. Ahmed El Bouari, Ministre de l’Agriculture, et réunissant des responsables institutionnels, des organisations professionnelles, des éleveurs, des techniciens et des opérateurs des différentes filières.
L’un des temps forts a été la conférence inaugurale «L’élevage au Maroc : perspectives et défis», elle a permis de présenter un panorama très concret de l’élevage marocain : son poids économique et social, les orientations de la stratégie «Génération Green», la résilience et la modernisation de la filière laitière, les enjeux des filières ovine et caprine, ainsi que la sauvegarde et la valorisation de notre patrimoine génétique, illustrées notamment par la race bovine Oulmès-Zaër.
Cette conférence a montré que le Maroc ne venait pas seulement exposer, mais partager une expérience, des acquis et également les défis auxquels ses éleveurs sont confrontés.
J’ai également participé à un «podcast» consacré à la situation de l’élevage marocain après plusieurs années successives de sécheresse. Nous y avons abordé les adaptations engagées : gestion plus rationnelle de l’eau, évolution des systèmes fourragers, valorisation des sous-produits, adaptation de la taille des troupeaux et intérêt stratégique des races locales rustiques.
Enfin, 2025 a produit des résultats concrets en matière de coopération. Le partenariat de l’ANOC avec ROM Sélection, la Chambre régionale d’agriculture Auvergne-Rhône-Alpes et la Chambre d’agriculture de l’Isère a été renforcé par une convention portant notamment sur la résilience des systèmes d’élevage face au changement climatique et l’actualisation des programmes de sélection des races ovines et caprines locales.
C’est exactement ce que nous recherchons : transformer la visibilité et les rencontres du Sommet en programmes de coopération durables.
Q : Après la dynamique créée en 2025, comment le Maroc compte-t-il maintenir sa présence lors de l’édition 2026 ? Peut-on s’attendre à une forte mobilisation des éleveurs, des coopératives, des instituts de recherche et des entreprises marocaines ?
Après le succès de 2025, il faut inscrire cette présence dans la durée. Cette continuité est déjà concrète : des délégations de l’ANOC, de l’ORMVA d’Ouarzazate et de l’ONCA ont confirmé leur participation à l’édition 2026, avec un programme riche d’activités et d’échanges professionnels.
L’objectif n’est plus seulement d’être visible, mais de cibler les activités à forte valeur ajoutée : conférences et Agoras, concours, rencontres B2B, échanges avec les organismes professionnels et visites de terrain.
Nous voulons aussi poursuivre les partenariats initiés ou consolidés en 2025, notamment en génétique, sélection animale, résilience des élevages et adaptation au changement climatique.
Q: L’édition 2026 réunira près de 1 800 exposants, plus de 2 000 animaux, ainsi qu’un important programme de conférences et de visites techniques. Quels bénéfices concrets les professionnels marocains peuvent-ils en tirer ?
Le Sommet est bien plus qu’une exposition d’animaux et de matériel; sa richesse tient à la complémentarité entre les conférences, les Agoras, les concours, les innovations présentées par les exposants et les visites de terrain.
Les conférences et Agoras traitent de sujets à la fois pratiques et scientifiques : génétique, alimentation, reproduction, santé animale, autonomie fourragère, adaptation climatique, élevage de précision, machinisme et performances technico-économiques.
Elles permettent de confronter les résultats de la recherche aux réalités quotidiennes des éleveurs.
Les visites techniques organisées en parallèle sont essentielles : elles permettent d’observer les solutions en conditions réelles et d’échanger directement avec les éleveurs, techniciens et organismes spécialisés.
Pour un participant marocain, l’intérêt est d’identifier ce qui peut être transféré ou adapté à nos propres conditions. Le Sommet permet donc de voir, écouter, échanger, visiter et comparer.
Q : L’édition 2026 s’inscrit dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux, alors que l’élevage marocain fait face à la sécheresse, au stress hydrique et à la hausse du coût des aliments. Quelles solutions ou expériences le Maroc pourrait-il découvrir ou partager ?
Le Maroc a malheureusement acquis une expérience importante de l’élevage en situation de sécheresse prolongée. C’était précisément le thème du podcast auquel j’ai participé lors du Sommet 2025.
Nos éleveurs ont dû adapter leurs systèmes : réduire ou réorganiser certains troupeaux, diversifier les ressources fourragères, valoriser davantage les sous-produits, économiser l’eau et s’appuyer sur la rusticité de nos races locales.
Mais nous avons aussi beaucoup à apprendre des autres expériences; les conférences, les Agoras et surtout les visites de terrain permettent d’examiner des solutions en matière d’autonomie fourragère, de gestion des prairies et parcours, d’efficacité alimentaire, de génétique et d’adaptation climatique.
L’échange doit fonctionner dans les deux sens : le Maroc partage son expérience des milieux contraints et découvre d’autres outils pour passer d’une gestion de crise à une stratégie d’anticipation et de résilience.

Question : Comment les éleveurs, coopératives et entreprises marocaines peuvent-ils tirer pleinement profit du Sommet ? Des rencontres d’affaires, des visites de terrain ou des dispositifs d’accompagnement sont-ils prévus ?
Pour profiter pleinement du Sommet, il faut préparer son séjour avant d’arriver : identifier les exposants à rencontrer, les conférences et Agoras à suivre, les concours, les rendez-vous B2B et les visites de terrain prioritaires.
L’application MySommet est à ce titre un outil très utile. Elle permet de construire son agenda selon ses centres d’intérêt, de se repérer grâce à la géolocalisation et de recevoir sur son smartphone les notifications des activités sélectionnées.
On peut ainsi organiser intelligemment ses journées entre concours, conférences, séminaires, rendez-vous B2B, visites de terrain et soirées ou moments de convivialité.
L’expérience de l’ANOC montre justement l’intérêt de cette démarche : des échanges et visites techniques peuvent progressivement déboucher sur des conventions et programmes de coopération.
Un partenariat ne naît pas uniquement dans une salle de réunion ; il peut commencer après une conférence, pendant une visite d’élevage ou au cours d’un échange informel.
Question : Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs marocains de l’élevage afin de les encourager à participer à l’édition 2026 du Sommet ?
Mon message est simple : venez au Sommet avec des objectifs précis et un programme préparé; après l’importante mobilisation de 2025, l’édition 2026 doit nous permettre de consolider les contacts, d’acquérir de nouvelles connaissances, de découvrir des solutions adaptées à nos réalités et de faire progresser les partenariats.
Grâce aux conférences, aux Agoras, aux concours, aux rencontres B2B, aux visites de terrain et à «MySommet», chacun peut construire son propre parcours professionnel et optimiser son séjour.
Le Sommet est un lieu où l’on apprend, où l’on partage des expériences et, surtout, où les rencontres peuvent devenir des projets concrets.

Laisser un Commentaire