Maroc-Espagne : le faux levier énergétique

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Les informations évoquant une éventuelle utilisation du gaz et de l’électricité par Madrid pour faire pression sur le Maroc ont suscité une importante confusion sur la nature des relations énergétiques entre les deux pays. Le gouvernement espagnol a finalement démenti l’existence d’un tel projet. Red Eléctrica et Enagás ont également affirmé n’avoir reçu aucune instruction en ce sens.

La polémique est partie d’un message publié sur le compte officiel de l’émission «Mañaneros», diffusée sur la première chaîne espagnole, avant d’être supprimé. La publication affirmait que le gouvernement avait demandé d’évaluer la marge de manœuvre dont disposerait Madrid à travers les livraisons d’électricité, de gaz et de carburants destinées au Maroc.

L’Espagne ne vend pas son gaz au Maroc

Le premier malentendu consiste à croire que le Maroc achète directement son gaz à l’Espagne. En réalité, le Royaume acquiert du gaz naturel liquéfié auprès de fournisseurs internationaux.

Les cargaisons sont déchargées dans des terminaux espagnols afin d’y être regazéifiées. Le gaz est ensuite acheminé vers le Maroc par le gazoduc Maghreb-Europe, utilisé en flux inversé.

Dans ce dispositif, l’Espagne agit comme plateforme de réception, de transformation et de transit, en contrepartie de commissions. Il ne s’agit donc pas d’un gaz produit ou offert par Madrid, mais d’une matière première achetée par le Maroc sur le marché international, à laquelle s’ajoutent les coûts des services logistiques espagnols.

Sur le plan technique, Madrid pourrait perturber le transit à travers ses infrastructures. Une telle décision ne serait toutefois pas sans conséquences. Elle pourrait entraîner des litiges contractuels, des demandes d’indemnisation et une perte de crédibilité pour l’Espagne en tant que plateforme énergétique européenne fiable.

Les terminaux et les entreprises espagnoles seraient également privés des revenus tirés de la regazéification et du transit.

Les «20%» d’électricité mal interprétés

Le second malentendu concerne l’interconnexion électrique. L’affirmation selon laquelle l’Espagne couvrirait 20% des besoins du Maroc ne signifie pas qu’elle fournit en permanence cette part de sa consommation annuelle.

Ce chiffre résulte d’une comparaison entre la capacité technique des deux lignes d’interconnexion, estimée à près de 1.400 mégawatts, et le pic de demande enregistré au Maroc. Il ne correspond pas au volume réel d’électricité importé durant l’année.

Les échanges varient selon les prix, la demande et les capacités de production disponibles. Ils s’effectuent également dans les deux sens. L’interconnexion avec l’Espagne constitue ainsi un instrument de flexibilité et de sécurisation du réseau marocain, et non le socle sur lequel repose l’ensemble du système électrique national.

Un impact réel, mais limité

Une interruption du transit gazier ou des échanges électriques pourrait provoquer des perturbations temporaires et renchérir les coûts de production, particulièrement au niveau des centrales à gaz de Tahaddart et d’Aïn Beni Mathar.

Elle ne plongerait cependant pas le Maroc dans le noir. Le Royaume dispose d’un mix énergétique diversifié combinant charbon, solaire, éolien, hydraulique et fioul, en plus de sa production nationale d’électricité.

Ces éléments ne signifient pas que le Maroc sortirait indemne d’une éventuelle interruption, ni que l’Espagne ne dispose d’aucune marge technique. Ils montrent plutôt que ce levier resterait limité et coûteux pour les deux parties.

La relation énergétique entre Rabat et Madrid ne relève donc pas d’une dépendance à sens unique. Le Maroc utilise des infrastructures espagnoles pour traiter et transporter un gaz acheté avec ses propres ressources, tandis que l’Espagne perçoit des revenus en contrepartie de ces services. Le prétendu «levier énergétique» apparaît ainsi davantage comme un facteur de perturbation temporaire que comme une arme décisive.

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