Le Maroc sous le seuil de pénurie d’eau

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Les dernières données de la Banque mondiale révèlent une diminution continue des ressources renouvelables en eau douce disponibles par habitant au Maroc. Une évolution qui traduit l’effet combiné de la croissance démographique et des pressions croissantes exercées sur la sécurité hydrique du Royaume.

Selon les chiffres issus de la base «AQUASTAT» de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Maroc disposait d’environ 777 mètres cubes de ressources renouvelables en eau douce par habitant en 2022, dernière année renseignée pour cet indicateur.

Ce niveau place le Royaume sous le seuil international de pénurie d’eau, fixé à 1.000 mètres cubes par habitant et par an. La question hydrique ne résulte donc plus uniquement de la succession des sécheresses. Elle constitue désormais un défi structurel nécessitant une gestion durable des ressources disponibles.

Une baisse de 35% depuis 1990

La série historique publiée par la Banque mondiale montre que la disponibilité annuelle par habitant atteignait environ 1.190 mètres cubes en 1990. Elle est ensuite passée à 1.020 mètres cubes en 2000, puis à 893 mètres cubes en 2010, avant de tomber à 777 mètres cubes en 2022.

En un peu plus de trois décennies, le Maroc a ainsi perdu près de 413 mètres cubes de ressources renouvelables en eau douce par habitant, soit une diminution d’environ 35%.

Le recul apparaît encore plus important sur une période plus longue. En 1961, la disponibilité moyenne atteignait près de 2.431 mètres cubes par personne. Elle a donc diminué d’environ 68% en six décennies.

Cet indicateur ne mesure pas la quantité d’eau effectivement consommée par chaque citoyen. Il établit un rapport entre le volume des ressources renouvelables produites à l’intérieur du pays et la taille de sa population.

Ces ressources comprennent notamment les écoulements des cours d’eau et la recharge des nappes souterraines résultant des précipitations. Elles n’intègrent pas les volumes non conventionnels issus du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées traitées.

L’agriculture en première ligne

Cette évolution concerne directement le secteur agricole, premier consommateur d’eau au Maroc et l’un des plus exposés aux effets de la sécheresse et à l’irrégularité des précipitations.

Selon les données de la Banque mondiale et de la FAO, l’agriculture représentait près de 88% du total des prélèvements d’eau douce dans le Royaume en 2022.

Cette proportion confirme le lien étroit entre sécurité hydrique et sécurité alimentaire, particulièrement dans les territoires où l’irrigation dépend des barrages et des nappes souterraines.

Une saison pluvieuse favorable ne suffit pas à écarter durablement le risque. La disponibilité par habitant repose sur des ressources renouvelables limitées, soumises à une demande croissante des ménages, de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme.

L’amélioration ponctuelle du niveau des barrages peut alléger la pression à court terme. La trajectoire de l’indicateur sur plusieurs décennies révèle toutefois une dégradation structurelle.

Produire davantage avec moins d’eau

Cette situation impose d’améliorer l’efficacité de l’eau utilisée pour l’irrigation, d’adapter les cultures aux capacités hydriques de chaque territoire et de limiter la surexploitation des nappes souterraines.

Elle confirme également la nécessité d’accélérer les projets de dessalement de l’eau de mer et de réutilisation des eaux usées traitées afin de réduire la pression sur les ressources conventionnelles.

Le défi ne consiste plus seulement à mobiliser des volumes supplémentaires. Il s’agit aussi de créer davantage de valeur agricole et économique avec chaque mètre cube disponible, afin de préserver la production, de sécuriser l’approvisionnement et d’assurer la durabilité des ressources hydriques du Maroc.

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